soutenu
JUSTIFICATION DE L'EXERCICE
1) Le choix du niveau
Je suis actuellement en poste en République Populaire de Chine où j’enseigne le français dans
un institut de langues de niveau universitaire. Mes étudiants sont catégorisables dans les niveaux
A1, A2, B1 et B2 du CECR. Ils font tous partie du département bilingue qui a la particularité de
proposer l’apprentissage de deux langues à volumes horaires équivalents : le français et
l’anglais. En raison de cette double compétence, leur formation dure cinq ans au lieu de quatre
pour les autres spécialités de l’institut.
Cette année, je suis en charge des cours d’oral pour les classes de troisiémes années et des
classes d’écrit ainsi que de compréhension des films pour les cinquièmes années. C’est en
pensant à ces derniers que j’ai choisi le niveau B2 pour cet exercice.
En effet, que ce soit en Chine ou en France un certain nombre d’entre eux songe continuer leurs
études de français, réaliser leurs stages de fin d’études ou espère trouver un travail dans un
environment francophone. L’évaluation que je propose pourrai convenir à ces étudiants.
Imaginer ces apprenants en situation et les placer dans des contextes d’apprentissage concrets,
notamment ceux que je rencontre au fur et à mesure de cette formation à distance, m’aide
beaucoup à réaliser les tâches qui me sont assignées.
2) Le choix de la tâche
L’oral étant la composante du français sur laquelle je suis le plus ammené à me pencher dans
mon travail, j’ai logiquement opté pour l’énnoncé faisant la part belle aux exercices de
compréhension orale.
3) Le choix des documents
Au-delà du fait que l’aspect plus vivant de la compréhension orale m’est attiré, j’avais à coeur
d’utiliser l’interview radio de France-Inter « allô la planète » pour deux raisons : premièrement,
elle correspond parfaitement à une évaluation de niveau B2 avec un contenu aisémment
abordable mais avec quelques difficultés propres au language oral (chevauchement du temps de
parole, marques d’hésitation, contractions diverses...) et deuxiémement, la personne interviewée
dans cet extrait n’est autre que mon cousin : Yann Potier.
J’ai été séduit par l’originalité de sa démarche qui se basait sur la recherche en partenariat avec
les populations locales de moyens pour mettre en place des projets de développement durable.
D’un point de vue didatique, le vocabulaire utilisé ne présente pas de difficultés particulières.
Différents thèmes sont abordés et assez rapidement enchaînés se qui va permettre de poser des
questions ouvertes, ponctuelles et plus facilement dissociables les unes des autres.
Le premier document, tiré des ressources audio du site de la banque mondiale, est une interview
d’une spécialiste de la jeunesse à risque réalisée par Georges Collinet dans le cadre d’un
programme intitulé « dossier ! ».
Encore une fois, je me suis imaginé en situation avec mes étudiants ( qui ont entre 19 et 24 ans)
et il m’a semblé qu’un texte concernant la jeunesse serait approprié.
4) Le choix des exercices
Deux types d’exercices sont proposés : questions ouvertes et questions type QCM. Pour ne pas
dérouter les étudiants, les questions ouvertes sont posées dans l’ordre du texte. Les questions de
type QCM sont quant à elles placées à la fin du questionnaire et portent plus sur les
caractéristiques de l’extrait que sur son contenu. Ainsi, le candidat pourra ne se concentrer que
sur les six premières questions lors des écoutes et aura tout le loisir durant les cinq minutes
restantes de terminer par les questions de type QCM qui comportent plus de texte et suppose
donc une plus longue phase de lecture.
5) La notation
La notation globale se calque sur le modèle fourni par la commission nationale du DELF.
Les deux écoutes permettent l’utilisation de questions plus précises impliquant une
compréhension plus pointue du contenu. La difficulté des six questions proposées va croissante :
on commence par simplement répeter le texte puis il faut déduire les réponses. Ex :
« exploitation agricole »→exploitant agricole/agriculteur, « gens qui...qu’étaient partis travailler
au Koweit et qui revenaient parce que, ben, ils s’étaient fait virer parce que les gens là-bas
n’avaient plus d’argent »→ retour des travailleurs immigrés.
Eric : euh… et Yann! Yann donc.
Yann : Oui ! Bonjour Eric.
Eric : Alors combien de temps a duré le voyage (finalement ?) ? Ca fait combien de temps qu’on se
parle ?
Yann : Dix mois.Ca fait dix mois.
Eric : Ca fait dix mois.
Yann : Ouais, ca fait depuis le début de la saison quoi en gros.
Eric : Et...Ah, oui, c’est vrai.
Yann : Ben voila.
Eric : Et...
Yann : Bientot la fin pour vous et c’est la fin pour moi.
Eric : Et voila, on va tous se retrouver chez nous.
Yann : Voila.
Eric : On pourra s’appeler encore, non ? On pourra se passer des coups de fil.
Yann : Ben oui si on recommence l’année prochaine tout les deux, ben...je suis partant !
Eric : D’accord. Bon, alors,si je me souviens bien, vous aviez tout vendu.
Yann : Tout vendu, oui, enfin.... : mon exploitation agricole, les parts de ma société que j’avais
montée et puis j’étais parti. Ca faisait huit ans que j’exercais ce métier et puis j’avais l’impression
un petit peu de tourner en rond donc euh...J’ai décidé de changer, tout vendre et puis j’avais ce rêve
de voyager donc... voila.
Eric : Et de découvrir le monde... Ca y est vous en avez découvert quelques aspects ?
Yann : Oui !
Eric : Parce que, je sais plus, on s’était retrouvés...On s’était parlés vous étiez au Rwanda,...
Yann : Au Rwanda,...
Eric : Au Brésil,...
Yann : Oui, enfin, en Amérique du sud. Brésil, Bolivie, Pérou puis en Australie, Nouvelle-
Calédonie...euh...
Eric : Thaïlande.
Yann : Népal, Thailande. Oui.
Eric: Voila, vous faisiez des sauts de puces comme ça, à droite à gauche.
Yann : Oui.
Eric : Oui, c’était marrant comme voyage.
Yann : C’est compréhensible.
Eric : Alors, il est beau le monde ?
Yann : Il est beau ! Il est beau...Il est parfois sale mais... il est beau. Enfin, j’en ai un souvenir
incommensurable. C’est vrai que...surtout « ils sont beaux les gens ! » que je voudrais dire plutôt
que « il est beau le monde » parce que quand on part voyager, c’est vrai que au départ, avant
de...j’avais déjà voyagé avant bien sur mais pas aussi longtemps et on se dit « et ben, c’est
formidable, on va voir des tas de belles choses, découvrir un monde fabuleux » et en fait le monde,
il est comme il est, y’a plein de belles choses mais ce sont les gens qui sont vraiment, en premier
lieu, intéressants, à mon sens.
Eric : Ca vous a changé ?
Yann : Changé, oui.
Eric : Vous vous sentez différent ?
Yann : Ma vision des choses a changé. Ca m’a changé, je suis toujours, enfin...alors on me pose
souvent la question, je suis toujours le même...enfin je pense que les gens qui me connaissaient me
reconnaitront... Maintenant, si c’est ma vision qui a changé je pense... Quuand je suis rentré en
France, là, j’ai acheté les quotidiens français et on parle...on parle que de la France quoi, c’est... je
suis, enfin, je suis vraiment ettoné de ça, quoi...
Eric : Ah oui...
Yann : Y’a une vision nombriliste, là que...En fait, je pense que quand je suis parti, c’est cette
vision-là qui me...qui commençait à me gêner un peu, et...
Eric : Et on la retrouve partout, chacun regarde son propre nombril.
Yann : Oui, oui ! C’est normal. Et à coté de çà, le monde il est petit aussi. C’est aussi ce que j’ai
remarqué, c’est que...
Eric : Il est pas si grand que ça , hein ?
Yann : Non, non, c’est pas grand et chaque, chaque geste qu’on peut faire chez nous, il va avoir des
répercussions ailleurs. Cette crise-là, en fait, moi je suis parti juste avant la crise et ça...et voila, elle
est arrivée quand j’étais en Afrique au tout début de mon voyage et au départ, je, voila, ... Les gens
parlaient... « y’a une crise dans les pays occidentaux » et puis petit à petit, plus j’avançais, et plus je
la découvrais parce que l’effet sur le tourisme commençait à se faire sentir, parce que au Népal, il y
a des gens qui...qu’étaient partis travailler au Koweit et qui revenaient parce que, ben, ils s’étaient
fait virer parce que les gens là-bas n’avaient plus d’argent, enfin....C’est venu, voila, on sent cette
trainée de poudre-là qui, qui, qui passe sur tout le monde et donc, on a beau être au Népal, au
Rwanda, enfin n’importe où, voila. Tout ce qui va se passer à un endroit de la planète va avoir des
repercussions à l’autre.
Eric : Et là, maintenant ? C’est terrible maintenant parce que vous n’avez plus de place dans ...
Yann : C’est terrible, je suis habité d’une angoisse,c’est terrible.
Eric : Ben oui, vous avez plus de place dans la société, vous avez plus d’amis, plus de famille, plus
rien. Il faut repartir ! Vous avez même plus de maison, plus d’exploitation, plus rien ! Vous avez
plus de sous !
Yann : Plus rien ! Plus rien ! J’ai encore ma maison, j’ai encore ça et puis ma télé !
Eric : Juste plein de souvenirs plein la tête.
Yann : Oui, oui, oui.
Eric : Il faut repartir alors !
Yann : Faut repartir ! Oui, oui
Eric : Eh oui, Yann, on est obligés maintenant.
Yann : Mais il faut refaire le plein euh...du compte, quoi...si...
Eric : Vous aviez envie de revenir ?
Yann : Ben, il y a des gens que j’aime ici donc de les revoir oui ! Mais de, d’arrêter de voyager,
non ! C’est,...c’est... Quoi de plus beau, quoi ? que de rencontrer ces...voila, chaque jour c’est des
rencontres, chaque jour, il n’y avait pas de quotidien, de...comme ça, ce...
Eric : Pas d’horaires, pas de supérieurs, pas d’affaires...
Yann : Ouais, non, c’est....Alors évidemment, comment dire, quand on vit une vie comme ça,
comment on peut dire « j’ai envie de rentrer » ? C’est....
Eric : C’est pas possible, non ?
Yann : C’est pas possible, non.
Eric : Et pourtant vous êtes rentré. Comme les hamsters, on les sort de la cage mais ils reviennent.
Yann : Mais ils reviennent ! Oui, oui...
Eric : C’est bizarre ! On est bizarre. Pourquoi on reste pas là-bas ?
Yann : Je ne suis plus un hamster alors je n’y avais pas pensé.
Eric : Moi j’y suis aussi et puis dans une roue et puis ca tourne après, comment je fais pour entrer...
Yann : Oui, oui.
Eric : Comment je fais pour resortir de la cage ?
Yann : Voila ! Oui, oui, c’est vrai. Vous savez, nos racines sont là quand même...
Eric : On est bizarres.
Yann : ...Moi je vois ça comme ça aussi.
Eric : Bon en tout cas, Yann je voulais vous remerciez, vous nous avez bien fait rêvé pendant ces
dix mois. Je ne sais plus combien de fois on s’est parlés mais c’étais bien sympa.
Yann : Oui, moi non plus mais pas et c’était...même à moi, ça m’a fait plaisir, ça me donnait...
Eric : Et si les auditeurs veulent aller voir tout votre voyage, on a mis le lien une fois de plus avec
votre site.
Yann : C’est sympa. C’est super.
Eric : Et puis on se tient au courant et...
Yann : Ben oui, ma foi,...
Eric : Maintenant on discutera toujours de choses et d’autres mais vous serez plus près de nous,
c’est pas grave.
Yann : Oui, oui, sait-on jamais. De toute façon, je repartirai.
Eric : Ah, je compte sur vous.
Yann : Oui, non, sans problèmes.
Eric : je met tout mes espoirs sur Yann.
Yann : Ohh ! Génial !
Eric : Il faut repartir Yann ! Soyez un exemple !
Yann : Quelle pression ! Quelle pression !
Eric : On peut repartir !
Yann : Ah ben ouais, d’accord !
Eric : Ca marche.
Yann : Faut pas me lancer des challenges comme ça, parce que je vais repartir vraiment.
Eric : Faut repartir !...Bon salut Yann, merci pour tout à très bientôt.
Yann : Salut Eric, mais merci aussi...
Eric : A bientôt, bye !....Bonsoir Tania.