Rencontre avec Koundé Faustin
2008-09-26
par yann

  J’ai rencontré cet homme sur un chantier de réinsertion à Kigali. Son niveau et ses capacités font de lui un excellent chef d’équipe. Koundé est fier de travailler et d’expliquer ce qu’il fait. Parler de son passé ne le gène pas non plus.

  Koundé est un Uthu. Il combattait au sein des FAR (force d’armée Rwandaise) à l’époque du génociKoundé Faustin et Tus'terde. Il a reçu une formation des commandos français avant l’époque des massacres.
Il devient enssuite sergent major instructeur au sein des FAR. Lors des cent jours du génocide, il est basé près de l’aéroport. Cet homme qui fut au cœur des combats a vu et a participé à la haine. Tus’ter tenu par le bras,ne veut nullement connaître le détails de ses agissements. 
  Evoquer cette époque ne le gène pas. Il aborde même le rôle de la France pendant cette guerre. Alors qu'elle prétend avoir cessé de fournir des armes au Rwanda dès avril 1994, Koundé s’insurge: « ce sont eux qui m’ont formé, j’étais au combat et ce sont eux qui nous armaient. Nous avions des contrats avec la France et cela depuis longtemps ».

  Kigali tombant aux mains du FPR (l’ennemi des FAR), notre homme fuit vers le Congo. Après un passage en Ouganda pour se battre de nouveau, il revient au Congo comme garde du corps des « grands génocidaires ». Il ne gagne rien en faisant cela et commence repenser au Rwanda.

  Pendant des années, les réfugiés FAR revenant à la frontière du Rwanda étaient fusillés. Il y a cinq ans, Koundé rentre car la paix est revenue. L'heure n'est plus au réglement  de compte.

  Comme beaucoup de gens sur ce continent, il se cache derrière la religion pour justifier ses fautes. « Je n’en veux ni aux Tutsis, ni aux français, ni à personne, mais seulement au Seigneur qui a amené la guerre »

  Sur ce chantier, Koundé dirige des gens qu’ils pourchassaient, il y a quinze ans. Aujourd’hui, ils travaillent ensemble sans distinction. Ce chantier améliore le quotidien de nombreuses personnes, et redonne de la dignité à d’autres.
  Un tiers de leur salaire est bloqué sous forme d’épargne. Cela leur permet d’envisager un avenir.

  Depuis son retour au Rwanda, Koundé s’est marié et a deux enfants. «J’ai acheté un vélo de sport pour venir au travail et j’ai bâti une petite maison, mais c’est la mienne ! », affirme-t-il fièrement.
  Il ne tarit pas d’éloge non plus sur ce chantier, qu’il aime appeler « le berceau de réconciliation ».


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