A quelques 4400 mètres d'altitude sur les pentes himalayennes, la neige commence tout juste à apparaître. Une petite
bergerie abrite un couple, le plus petit de leurs enfants, une dizaine de veaux et une mauvaise poule ne donnant qu'un oeuf tous les deux jours ! Les plus jeunes veaux vivent avec la famille dans l'unique pièce à vivre.
Dawa Jambu est né au Népal de parents bergers. Cet homme peu scolarisé rencontre Kanchhi lors d'une de ses rares descentes au village. Cette femme est une émigrée tibétaine fuyant la répression chinoise. Elle ne parle donc pas le népalais, mais peu importe ils communiquent en Sherpa, l'une des soixante langues utilisées dans ces contrées himalayennes.
Chaque jour, Dawa coupe des branches pour les distribuer à son yack, ses vingt vaches et ses veaux. Le lait de la traite est transformé en beurre. Il est ensuite stocké dans une baratte au sein de cette bergerie aux conditions d'hygiène douteuse. Peu importe le stockage, ce beurre est vendu assez cher au Népal ( 250 Roupies népalaises le kilo, soit deux euros cinquante), car il vient d'un animal sacré. Il sert en général à faire la cuisine et à alimenter les nombreuses lampes à beurre nécessaire aux cérémonies hindouistes et bouddhistes.
Chaque mois donc, Dawa, Kanchhi et leur petit garçon redescendent leur production et passent une journée au village. C'est juste le temps qu'il faut pour prendre les provisions mensuelles et remonter vers une autre bergerie en fonction des fontes ou des chutes de neige. Ce bref passage au village permet à ce couple de bergers de voir leurs quatre plus grands enfants. Ces derniers ont la responsabilité de la maison, des terres à cultiver et des boeufs. Aucun d'eux ne souhaite aller à l'école et tous veulent aussi devenir berger. Pour les bouddhistes, les yacks et les vaches sont des animaux sacrés, ils sont donc tous élevés et jamais tués. Il ne manque donc nullement de travail pour la famille Jambu. On ne mange la viande de ces animaux que lorsqu'ils meurent.
Ce couple de berger perçoit 30 000 Roupies népalaises par an, soit 300 euros. Ce maigre salaire ne les empêche pas de me recevoir et de m'offrir un thé tibétain ( eau chaude, thé , sel et beurre de yack ). Même si ce breuvage est un véritable supplice à avaler, il témoigne des riches qualités humaines de ces régions himalayennes.
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